Je ne sais pas trop ce qui s'est passé dans ma vie au cours des derniers mois, mais une chose est sûre: nombre de magazines achetés > temps passé à lire des magazines. Si bien que je croule aujourd'hui sous les magazines non lus, à un point tel que je suis tenté de déclarer une faillite magazines, mettre tout ça au recyclage, et repartir à zéro avec les éditions de juin. Mais il y a trop de choses que je veux lire là-dedans, des Adbusters, XXI, Believer, Harper's, Walrus et autres, et donc je n'aurai d'autre choix cet été que d'annuler mes vacances et m'enfermer pour trois semaines dans un garde-robe avec ma pile de magazines et une lampe frontale.
Mais mes problèmes de gestion de l'information n'étaient pas l'objet du présent billet. Je voulais plutôt parler de mon nouveau magazine préféré: Lapham's Quarterly. Lapham comme dans Lewis Lapham, extraordinaire essayiste et ancien rédacteur en chef de Harper's. C'est lui qui a lancé l'automne dernier ce trimestriel dont chaque numéro est consacré à un thème particulier: le premier (hiver 2008), que je viens de finir, était consacré à la guerre; le deuxième (printemps) tourne autour de l'argent. La particularité, c'est que la vaste majorité des textes qu'on y retrouve ont été écrits par des gens morts depuis longtemps: Aristote, Mark Twain, Marx, McLuhan, Byron, Senèque, Virginia Woolf et des dizaines d'autres. Quelques auteurs contemporains complètent le contenu du magazine.
Le concept de Lapham's Quarterly, c'est que ces thématiques au coeur de l'actualité trouvent un éclairage nouveau avec l'apport de ces textes choisis avec soin dans le grenier de l'histoire. Et ça fonctionne totalement, bien mieux qu'aucun magazine contemporain n'y arrive. À un point tel qu'on en arrive vraiment à se demander pourquoi on n'envoit pas tous nos insignifiants «analystes» actuels (la liste est interminable, bien sûr, mais je me contenterai de ceci: Donald Cuccioletta) au chômage immédiat.
Mais c'est l'un des principaux problèmes de la modernité, évidemment, qu'on en est venus à croire que notre époque est tellement unique, nos circonstances si nouvelles, que le passé ne peut nous aider à comprendre le présent. Grave erreur, bien sûr, et c'est ce que vient nous rappeler de brillante façon le Lapham's Quarterly.
Chaque époque a son caractère propre, résultat de l’influence combinée de facteurs aussi disparates que la situation économique, les conditions politiques, les développements techniques ou les goûts particuliers de la grosse vedette de l’heure. Consciemment ou non, nous sommes influencés par cette humeur-là––elle affecte notre attitude et notre façon de penser, nos gestes et nos décisions.
Il y aurait beaucoup à dire sur l’esprit de notre époque, mais il y a une chose en particulier qui saute aux yeux: l’excentricité n’est pas à la mode. Ça n’a pas toujours été le cas, bien sûr; il y a eu des périodes, dans l’Histoire, où c’était une qualité appréciée, et même encouragée. Mais depuis peut-être la deuxième moitié des années 1980, nous voyons d’un mauvais oeil les vêtements trop extravagants, les comportements trop fantasques, les choix de vie trop originaux. Nos audaces sont rares et nos partys sont plates. Il est quand même déconcertant, par exemple, que les jeunes de la rue d’aujourd’hui adoptent les mêmes codes et styles vestimentaires que deux générations de punks avant eux. Ça en dit long sur notre époque, que les plus marginaux d’entre nous soient aussi anticonformistes que le Lavalois moyen.
Donner une explication à ces presque 25 années de sobriété et de conformisme n’est pas évident, surtout avec les 64 mots qu’il me reste en banque. Mais peut-être qu’un élément de réponse se trouve dans la définition même d’excentricité: «Manière d’être d’une personne qui s’écarte des usages reçus». Quand, à une époque donnée, il ne semble plus y en avoir, d’usage reçu, quand tout est permis et que le marginal est la norme, est-il tentant, voire même possible, d’être excentrique? Poser la question, c’est sans doute un peu y répondre.
Nicolas Langelier
Paru dans La Presse, vendredi 18 avril 2008
Conservateur: le terme évoque un attachement au statu quo, à l’ordre établi. On pense «conservateur», et on connote «tradition», «convention», «agent de conservation» même, peut-être. Pourtant, dans les démocraties du début du 21e siècle, les politiciens conservateurs sont paradoxalement les plus désireux de réformer les structures, de revoir les programmes, de modifier les façons de faire.
Évidemment, ils vous diraient qu’ils ne veulent pas changer les choses, mais bien les ramener à ce qu’elles étaient avant, dans le bon vieux temps. En fait, ils ne diraient pas ça non plus (personne n’oserait employer de nos jours cette expression qui sent la punition corporelle et la femme au foyer), mais ils le souhaitent (pas nécessairement la punition corporelle et la femme au foyer, d’accord, mais une version modernement correcte de la chose). En ce sens, le conservatisme est une sorte de progressisme à rebours, un désir d’effacer les rénovations des dernières décennies afin de ramener notre maison collective à son état original : arrachons ce revêtement/programme social, détruisons cette annexe/société d’État, vendons ce terrain/parc national, et remettons les ornements victoriens.
Jusqu’où les conservateurs voudraient-ils nous faire retourner, comme ça? À la maison en pierres des champs, à la cabane en bois rond? Non, pas si loin: à la demeure bourgeoise du 19e siècle. Car contrairement au politicien progressiste, qui cherche à nous amener toujours plus en avant vers un avenir meilleur, le politicien conservateur, lui, a une idée très précise de son idéal temporel: quelque part aux alentours de 1892.
Bien sûr, seule une infime minorité habitait une demeure bourgeoise, à l’époque. Mais le truc du politicien conservateur est justement de nous laisser croire qu’avec les bons changements politiques, nous (oui, nous!) pourrons en acheter une, demeure bourgeoise…
Nicolas Langelier
Paru dans La Presse, vendredi 7 mars 2008
Internet et en particulier le site Facebook posent un risque pour l'armée canadienne, selon les Forces canadiennes qui demandent aux militaires en Afghanistan de limiter leur utilisation du site populaire.
Une note interne obtenue par la CBC indique aux militaires que des partisans d'Al-Qaeda scrutent le site à la recherche de renseignements sensibles qui pourraient faire des militaires et de leurs proches des cibles plus faciles.
Utilisation d'Internet: Les militaires priés de se limiter :: Radio-Canada
Oh que des histoires comme celle-là me font penser à The Power of Nightmares, le documentaire de la BBC qui avance que la peur d'Al-Qaeda est savamment entretenue par les gouvernements occidentaux, qui ne demandent pas mieux qu'une population unie par la crainte d'un vague mais terrifiant ennemi extérieur...
Il me semble que l'armée canadienne ferait mieux de prier ses soldats de ne pas se saouler comme des caves, cracher sur les femmes et frapper des innocents avec des bouteilles.
Grâce à la magiiiie de Radio-Canadaaaa, je ferai deux chroniques à C'est bien meilleur le matin pendant les Fêtes.
Mercredi 26 décembre, 6h40: réflexions sur le boxing day et l'importance de rester chez-soi en pyjama.
Mercredi 2 janvier, 6h40: considérations sur l'art de tenir ses résolutions, en 2008.
C'est au 95,1 fm, à Montréal.
J'en profite pour tous vous souhaiter de très belles vacances, et une heureuse et optimiste année 2008. Je suis de retour en janvier.
Les conséquences négatives de l’embourgeoisement d’un quartier sont bien connues: spéculation immobilière, hausse des loyers, diminution de la mixité sociale, multiplication des restaurants servant une nourriture trop chère affublée d’appellations prétentieuses. Sans oublier bien sûr le risque de croiser un animateur de radio commerciale, ce qui n’est jamais un signe qu’un quartier est sur la bonne voie, culturellement parlant.
Ce dont on discute moins souvent, cependant, c’est des bénéfices de l’embourgeoisement. Du bénéfice, en fait, parce qu’il n’y en a qu’un qui compte vraiment: le café est bien meilleur.
Parce qu’à moins d’avoir la chance de vivre dans un quartier comptant une importante population originaire du pourtour méditerranéen, l’embourgeoisement est la seule façon d’échapper à la médiocrité du café canadien-français traditionnel. Tous ceux qui, par exemple, déplorent la gentrification graduelle d’Hochelaga n’ont aucun souvenir de combien il était difficile d’y boire une tasse de café décente, avant la fin des années 90. Quand votre meilleure option est le Tim Horton’s, il y a de quoi être déprimé.
Bien sûr, il y a des choses beaucoup plus importantes que le café, dans la vie. Bien sûr, l’idéal reste un quartier socialement diversifié ET capable de vous procurer une bonne tasse de café. Mais devant la nostalgie qui s’empare parfois de certains au souvenir de ce qu’était le Plateau pré-boom immobilier ou Hochelaga-Maisonneuve pré-HoMa ou la rue Masson pré-disparition des restaurants à hot dogs à tous les coins de rue, il n’est pas totalement inutile de rappeler l’infect liquide brun qu’on y buvait alors. Ce qui explique sûrement pourquoi la cocaïne y était si populaire, d’ailleurs.
Nicolas Langelier
Paru dans La Presse, vendredi 14 décembre 2007

Le temps maussade vous déprime? Faites-vous plaisir en écoutant Paul Piché parler de sa formule algébrique expliquant notre évolution sociale des 60 dernières années, et des années à venir (ça marche jusqu'en 2015, apparemment). Tendances, guerres, cycles économiques: la formule expliquerait tout.
Et qu'est-ce qui nous arrivera d'ici 2015, selon Piché? «Plus ça va, plus l'équilibre est atteint». Ça dépend pour qui, on dirait.
Via P45.
Un très beau petit film de Michael Wesch, de l'université Kansas State, à propos de la manière dont Internet bouleverse notre rapport à l'information, et la manière dont nous devons l'organiser.
C'est ce même Wesch qui nous avait donné Web 2.0: The Machine is Us/ing Us, l'hiver dernier.
Une pub britannique pour le contrôle des armes à feu, réalisée par AMV BBDO et Therapy Films.