Réforme de la loi sur le droit d'auteur, la suite
Malheureusement, la prise de conscience majeure qui se déroule actuellement au Canada anglais par rapport à l'importance d'une loi sur le droit d'auteur qui soit juste et équitable envers tout le monde (créateurs et ayants droits, oui, mais aussi usagers, consommateurs, étudiants, chercheurs, etc.)––malheureusement, donc, cette prise de conscience ne s'est pas encore manifestée au Québec francophone, du moins dans les médias grand public. Tout au plus avons-nous continué à avoir droit au mêmes chroniques mièvres accordant une place démesurée à la position d'organismes comme l'ADISQ.
C'est donc du côté des médias canadiens-anglais qu'il faut continuer à se tourner, pour avoir des points de vue pro-usagers. Deux exemples en date d'aujourd'hui:
1) Un éditorial du Vancouver Sun: Reformed copyright laws shouldn't suppress creativity
Copyright reform should open up new possibilities for maximizing enjoyment of cultural products and free the technology that has given them life. It should not bind them in a legislative straitjacket.
2) Un article dans la Gazette sur le choc culturel qui se dessine au Canada: Clashes likely to redefine Canadian identity
On one side of the copyright war, consumers and academics say that stronger copyright laws will curtail digital freedoms to appease powerful U.S. record labels and film studios. Their opponents in industry say better copyright rules will protect artists from piracy and better defend Canadian cultural identity.
Pendant ce temps-là, au Québec, tout le monde est occupé à pousser les hauts cris parce qu'il est possible qu'une boutique de linge engage une jeune fille qui ne parle pas français... Misère. De toute évidence, la plupart des Québécois--dirigeants, commentateurs et public en général--n'ont aucune idée de ce qui fait qu'une culture est VRAIMENT vivante, de ce qui la rend créative et dynamique, de ce qui fait qu'elle est riche et fertile ou qu'elle meurt à petit feu. La culture québécoise a infiniment plus à craindre de gens qui veulent la surprotéger avec des lois abusives que de quelques vendeuses unilingues anglais....






La Presse faisait hier la une de son cahier Arts et spectacles avec l'important débat autour du projet de Google de numériser 15 millions de livres d'ici six ans. Malheureusement, le «dossier» annoncé passe à côté de la question fondamentale au coeur du débat entre Google (et le public en général) et les éditeurs et auteurs américains (et, possiblement, canadiens) : le bien commun, sous la forme de l'usage équitable (fair use). L'usage équitable, c'est la notion légale qui permet la reproduction d'une oeuvre, selon certaines conditions, dans certaines circonstances. Les ayants droits (les éditeurs, les auteurs et leurs héritiers) affirment que Google, avec son projet, outrepasse ce qui peut être considéré comme un usage équitable de leurs oeuvres, et souhaiteraient donc obtenir des compensations financières. Ce qui est une pente très dangereuse, dans un monde numérique : le risque, c'est que les détenteurs de droits en arrivent à avoir main mise sur tous les aspects de la culture. Au détriment de tous, bien sûr, à commencer par les créateurs eux-mêmes. Les droits d'auteur, c'est bien beau et assurément important, mais si leur multiplication dans des endroits qui relevaient autrefois du domaine public en vient à paralyser toute notre culture, qui y gagne? C'en est enrageant. Espérons que le milieu québécois du livre prendra une position plus éclairée sur la question. 
