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J’écoutais tout à l’heure les Années lumières, l’émission scientifique de Radio-Canada. On y présentait entre autres un reportage sur les jeux vidéos spécialement conçus pour «arrêter de fumer, brûler des calories, suer, maigrir, apprendre à se nourrir et, pourquoi pas, prendre un peu de muscle, le tout en s’amusant».

Encore une fois, c’est la technologie qui va venir nous sauver, croyons-nous. La responsabilisation individuelle? Les changements d’habitudes et de façons de faire? Pas besoin, quand la science est là pour voler à notre aide. Nous, individus hypermodernes, avons une confiance infinie en la technologie pour prendre en charge tous les maux de l’expérience humaine.

20080619-095516-g On a vu deux autres exemples de cette attitude, cette semaine : l’engouement gouvernemental pour les véhicules électriques, et le plan vert de Stéphane Dion.

Dans les deux cas, c’est la technologie (couplée à la technocratie, dans le cas du plan libéral) qui est perçue comme la solution à tous nos problèmes. La planète ne peut subvenir à nos besoins? Notre désir d’une croissance économique illimitée n’est pas compatible avec les ressources terrestres, qui elles sont on ne peut plus limitées? Pas grave : la technologie va nous permettre de trouver une solution.

Mais c’est une illusion, bien sûr. Encore une fois nos dirigeants nous disent ce que nous voulons bien entendre, plutôt que ce qu’ils devraient nous dire, s’ils assumaient véritablement leurs responsabilités et agissaient vraiment comme ce qu’ils prétendent être, des leaders. Parce que la vérité, c’est que nous ne pouvons plus continuer comme ça, à vouloir que l’économie et la population croissent sans cesse, à consommer toujours plus, à désirer notre propre véhicule de déplacement motorisé, à habiter toujours plus loin de notre lieu de travail, à vouloir des maisons plus grandes et des produits moins chers et des voyages en avion toujours plus fréquents. Tous les véhicules électriques et toutes les taxes du monde ne pourront compenser pour notre voracité collective.

Depuis 150 ans, la science et la technologie nous ont permis d’emprunter de façon exponentielle sur le capital des ressources de la Terre. Mais le rythme actuel n’est pas soutenable, et peu de gens osent affronter cette réalité : le capital sera bientôt à sec. Et donc la fuite en avant se poursuit, pendant que nous continuons à avoir une foi aveugle en la technologie pour venir effacer les conséquences de notre gaspillage, de notre inconscience et de notre irresponsabilité. En ce sens, nous avons les dirigeants que nous méritons, bien sûr.

Obama balaie les haters

Première utilisation d'un code du hip-hop par un futur président des États-Unis?

L'explication de Wikipédia:

On April 17, 2008, Democratic presidential hopeful Barack Obama referenced the song in gesture, in response to sharp attacks from his rival Hillary Clinton and a debate which was widely criticized for focusing on campaign gaffes. According to The Nation, Obama "told his supporters not to fret about all the "textbook Washington" drama on Thursday, recounting the superficial moderators and Hillary Clinton's attempts to 'twist the knife' on trivial issues. Then Obama made pop cultural history, miming the rapper Jay-Z's iconic hand signal to "brush the dirt" off his shoulders." When asked whether Obama was deliberately referencing the song, a campaign spokesman said, "He has some Jay-Z on his iPod."

Quand la résistance devient un charmant archaïsme

G2front_2Que penser du fait que David Cameron, le chef du Parti conservateur britannique, proclame son amour pour la musique de groupes comme The Smiths et The Jam, qui ont pourtant passé les années 80 à contester les politiques de son parti?

Un essai dans le Guardian d'aujourd'hui: Hands off our music!

In the wake of the IRA attack on the 1984 Conservative party conference, for example, Morrissey rather regrettably claimed that "the sorrow of the Brighton bombing is that Thatcher is still alive". By way of pointing up his lack of remorse, his first solo album, Viva Hate, featured a particularly pointed composition entitled Margaret on the Guillotine, which ran thus: "Kind people have a wonderful dream/Margaret on the guillotine/Because people like you/Make me feel so tired/When will you die?" The song has been endlessly mentioned by those who have been querying Cameron's attachment to the Smiths, but to no avail. Just lately, he was once again presented with the words during a Guardian webchat, but batted them away with a glib flourish: "The lyrics - even the ones I disagree with - are great, and often amusing."


Dix mille choses qui sont vraies

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Ce sont souvent les politiciens conservateurs qui ont le plus envie de tout changer

Conservateur: le terme évoque un attachement au statu quo, à l’ordre établi. On pense «conservateur», et on connote «tradition», «convention», «agent de conservation» même, peut-être. Pourtant, dans les démocraties du début du 21e siècle, les politiciens conservateurs sont paradoxalement les plus désireux de réformer les structures, de revoir les programmes, de modifier les façons de faire.

Évidemment, ils vous diraient qu’ils ne veulent pas changer les choses, mais bien les ramener à ce qu’elles étaient avant, dans le bon vieux temps. En fait, ils ne diraient pas ça non plus (personne n’oserait employer de nos jours cette expression qui sent la punition corporelle et la femme au foyer), mais ils le souhaitent (pas nécessairement la punition corporelle et la femme au foyer, d’accord, mais une version modernement correcte de la chose). En ce sens, le conservatisme est une sorte de progressisme à rebours, un désir d’effacer les rénovations des dernières décennies afin de ramener notre maison collective à son état original : arrachons ce revêtement/programme social, détruisons cette annexe/société d’État, vendons ce terrain/parc national, et remettons les ornements victoriens.

Jusqu’où les conservateurs voudraient-ils nous faire retourner, comme ça? À la maison en pierres des champs, à la cabane en bois rond? Non, pas si loin: à la demeure bourgeoise du 19e siècle. Car contrairement au politicien progressiste, qui cherche à nous amener toujours plus en avant vers un avenir meilleur, le politicien conservateur, lui, a une idée très précise de son idéal temporel: quelque part aux alentours de 1892.

Bien sûr, seule une infime minorité habitait une demeure bourgeoise, à l’époque. Mais le truc du politicien conservateur est justement de nous laisser croire qu’avec les bons changements politiques, nous (oui, nous!) pourrons en acheter une, demeure bourgeoise…

Nicolas Langelier
Paru dans La Presse, vendredi 7 mars 2008

Réforme de la Loi canadienne sur le droit d'auteur: un sursis

Si vous n'avez pas suivi l'histoire, la voici résumée en quatre phrases: le gouvernement fédéral devait déposer hier aux Communes un projet visant à modifier la Loi canadienne sur le droit d'auteur. La plupart des observateurs estiment que ces modifications auraient mis la loi canadienne en phase avec le Digital Millenium Copyright Act américain, une réglementation penchant lourdement en faveur des titulaires de droits, au détriment des utilisateurs et de la population en général (domaine de l'éducation, milieu académique, chercheurs, créateurs, etc.). Le gouvernement Harper se serait ainsi plié aux pressions du gouvernement américain, d'une part, mais surtout des différents lobbys des détenteurs de droits. Il est aussi important de souligner que le gouvernement n'a pas consulté la population canadienne à ce sujet depuis 2001, aussi bien dire une éternité dans ce domaine.

Bref, ce projet s'annonçait désastreux pour quiconque a à coeur la vitalité de notre culture, au sens large du terme.

Mais voilà que, contre toute attente, le projet n'a pas été déposé hier. Et que, selon Michael Geist, il ne sera pas au moins avant la fin janvier. Que s'est-il donc passé, pour que le ministre de l'Industrie revienne sur sa décision?

Difficile à dire, à ce point-ci. Mais il semble assez évident que la très importante levée de bouclier qui était en train de se créer contre le projet de loi a fait réfléchir le gouvernement. Par exemple, un groupe Facebook, Fair Copyright for Canada, a réussi à regrouper plus de 20 000 internautes en quelques jours à peine. Des milliers de lettres ont été envoyées aux différents responsables politiques. Des pétitions circulaient. Des manifestations étaient prévues. Etc.

Bref, on assiste à l'une de ces rares occasions où l'implication citoyenne réussit à faire changer d'idée le gouvernement. En tant que citoyen, consommateur de culture, étudiant, individu préoccupé par la circulation des idées et la vitalité de la culture, on ne peut qu'être content d'un tel résultat, et un peu moins cynique devant l'efficacité de notre démocratie. Et puis, une fois de plus, Internet, les blogues et les réseaux sociaux ont démontré quels formidables outils démocratiques ils peuvent devenir, quand ils sont bien utilisés.

Bien sûr, rien n'est encore gagné: il reste à voir ce qui arrivera avec le projet de loi. Mais en attendant, il y a raison de se réjouir.

Voici ce que vous pouvez faire.

École d'été de l'Institut du Nouveau Monde

Ecoleete_2007_141C'est mercredi que s'amorce l'édition 2007 de l'École d'été de l'Institut du Nouveau Monde, le grand événement annuel pour les 15-35 ans intéressés par l'engagement public. Quatre jours d'activités et de discussions, pour un prix dérisoire. Le programme est ici (pdf).

Vendredi matin, j'y animerai une conférence portant sur les manières dont les jeunes peuvent influencer les décisions politiques et s'engager à la fois au niveau local et international pour proposer une autre vision des choses. Les invités: Alpha Bacar Barry de Peace Child International, et Anke Green du programme jeunesse de l’ONU.

Des liens pour la longue fin de semaine

Leçons parisiennes

Img_2845_3Est-ce que j'ai dit que j'étais à Paris depuis 10 jours? Non. Alors voilà: j'étais à Paris depuis 10 jours. Paris où c'est déjà l'été depuis un mois et où tout le monde parle de politique, par les temps qui courrent, jusqu'aux chauffeurs de taxi qui, à 3h du matin, vous entretiennent des dangers de Sarkozy. Avec comme résultat l'important taux de participation d'aujourd'hui. Certains analystes ont parlé d'un regain d'intérêt des Français pour la politique, d'une certaine fin de l'apathie -- mais, plus probablement, c'est Sarkozy qui est le seul responsable de ce regain d'intérêt. De la même manière, par exemple, que beaucoup plus de gens vont aller voter, aux prochaines élections québécoises, si les sondages donnent à Mario Dumont des chances d'être élu... Voter pour ou voter contre, mais voter. D'ailleurs, vous pouvez être certains que l'ADQ va étudier avec beaucoup d'attention les recettes de la victoire de Sarkozy...

Ah, mais il n'y a pas juste la politique, dans la vie. Qu'ai-je appris d'autre, durant mon séjour à Paris? Cinq choses:

1) Si on fie sur ce qu'on voit à Paris en ce moment, l'été 2007 sera le plus décolleté depuis le néolithique;
2) Justine Levy ne fait la bise qu'aux filles, pas aux garçons;
3) Françoise Hardy et Jacques Dutronc sont des partisans de Sarkozy;
4) Dans les soirées, un nombre étonnant de fluokids français ont un faible pour les lunettes à la Run DMC;
5) Diplo qui termine son set avec un remix de Young Folks, c'est très très bon.

À propos de Jean-François Plante

070305jfplanteadq_n Curieusement, dans toute la controverse qui entoure Jean-François Plante, candidat adéquiste dans Deux-Montagnes, aucun média ne semble avoir noté que Plante est en fait l'ancien conseiller municipal de Rosemont-Petite-Patrie. En 2001, je l'avais interviewé pour l'hebdomadaire Ici. Il était arrivé vêtu d'une cravate Iron Man, et m'avait raconté l'étrange épiphanie qu'il avait vécu alors que, journaliste à la télé communautaire, il avait couvert une conférence de presse de Pierre Bourque, pendant les heures les plus noires de son premier mandat.

«Il était une proie facile et on était comme des vautours, prêts à l’achever. C’était un homme défait, profondément touché par ce qui lui arrivait, les yeux pleins d’eau. Et puis j’ai échangé un regard avec lui et j’ai compris que c’était un homme digne. Il n’a pas dit un seul mot de déplacé, alors qu’il aurait pu envoyer chier tout le monde. Il y a eu un déclic à ce moment-là», raconte Plante. Une expérience politico-mystique qui a mené Plante à se présenter comme candidat de Vision Montréal à l’élection de 1998.

Le but de l'entrevue était de discuter de l'intolérance grandissante des autorités envers tout ce qui était afterhours et raves. On avait jasé de musique électronique (il est un fan de Kraftwerk, et un des pionniers de la scène warehouse des années 80), et bien sûr de drogue. Il n'avait pu s’empêcher de souligner l’hypocrisie des autorités.

«Maintenant que les babyboomers sont au pouvoir, le trip Beau Dommage/Harmonium/fumer du pot, c’est devenu correct, et Woodstock, c’est ben cool. Mais c’est quoi un rave, d’abord? C’est la même ostie d’affaire.»

À propos de Pauline Marois

Sur P45 Conversations.

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