Le mot à supprimer
Bouquin
Suppression suggérée cette semaine par un lecteur dont nous tairons l’identité afin de protéger la carrière académique. «Les chargés de cours à l'université se plaisent à utiliser bouquin pour avoir l'air distingué, alors que le Robert le met dans la catégorie du langage familier. Ne pourraient-ils pas dire livre, comme tout le monde?», demande-t-il. Bonne question, David Beauregard (oups).
Bouquin est effectivement un mot irritant. Est-ce à cause du soupçon de prétention qui entoure son usage? De la francophilie dégoulinante? De l’intimité avec la littérature que son locuteur tente de véhiculer avec ce terme familier, genre «Moi, j’aime tellement les livres que je les appelle par leur petit nom», qui serait l’équivalent intellectuel de «Je suis allé souper chez Josélito hier soir»? Quoiqu’il en soit, il y a quelque chose qui ne passe pas très bien. Et comme c’est le printemps et qu’il y a tant d’autres choses à faire, nous supprimons bouquin sans plus d’explications. Bouquiner, bouquinerie et bouquiniste continueront toutefois à être tolérés, pour cause d’absence de synonymes valables. Pas bouquineur, cependant: quelqu’un qui aime tellement bouquiner qu’il lui faut un mot spécial, c’est louche.
Paru dans le cadre de la chronique Actuelités, La Presse, samedi 15 avril 2006




