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Le mot à supprimer

Le mot à supprimer

Bouquin

Suppression suggérée cette semaine par un lecteur dont nous tairons l’identité afin de protéger la carrière académique. «Les chargés de cours à l'université se plaisent à utiliser bouquin pour avoir l'air distingué, alors que le Robert le met dans la catégorie du langage familier. Ne pourraient-ils pas dire livre, comme tout le monde?», demande-t-il. Bonne question, David Beauregard (oups).

Bouquin est effectivement un mot irritant. Est-ce à cause du soupçon de prétention qui entoure son usage? De la francophilie dégoulinante? De l’intimité avec la littérature que son locuteur tente de véhiculer avec ce terme familier, genre «Moi, j’aime tellement les livres que je les appelle par leur petit nom», qui serait l’équivalent intellectuel de «Je suis allé souper chez Josélito hier soir»? Quoiqu’il en soit, il y a quelque chose qui ne passe pas très bien. Et comme c’est le printemps et qu’il y a tant d’autres choses à faire, nous supprimons bouquin sans plus d’explications. Bouquiner, bouquinerie et bouquiniste continueront toutefois à être tolérés, pour cause d’absence de synonymes valables. Pas bouquineur, cependant: quelqu’un qui aime tellement bouquiner qu’il lui faut un mot spécial, c’est louche.

Paru dans le cadre de la chronique Actuelités, La Presse, samedi 15 avril 2006

Le mot à supprimer

Marge

Tout cela est fort dommage. Encore récemment, nous l’aimions bien, le mot marge, avec ses connotations d’espaces blancs et vierges, de différence, d’extériorité. Mais voilà, certaines personnes l’ont gâché à tout jamais, et une seule option se présente donc malheureusement à nous : la suppression pure et simple.

Le problème, à la base, provient du fait que certains individus ont remarqué que marge ressemblait beaucoup à (désolé, mais il le faut) marde. Oui, ha ha. À notre connaissance, les premiers à avoir sauté dans ce train nauséabond sont les gens de CISM, qui s’y sont donnés à cœur joie : « Depuis 15 ans dans la marge », « Le char de marge », etc. C’était d’un mauvais goût complet, mais ils sont jeunes, et nous leur pardonnions à peu près, comme nous leur pardonnons leurs pops de micro et leurs « OK » trop fréquents.

Mais là, cette semaine, un nouveau fond a été atteint, en découvrant le slogan de la campagne contre le surendettement du Réseau de protection du consommateur du Québec : « Je suis dans la marge jusqu'au cou ». Et eux, nous ne leur pardonnons pas, parce qu’ils sont des grandes personnes, que c’est puéril et que c’est vulgaire, et que cela nous donne juste envie de nous endetter, justement, en achetant un billet d’avion qui nous amènera loin, loin des amateurs de jeux de mots pas bons.

Paru dans le cadre de la chronique Actuelités, La Presse, samedi 26 novembre 2005

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