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Le journalisme survivra

Note: ce texte est le premier paru dans le cadre de ma chronique Siècle no 21, dans l'édition de juin du magazine Le Trente.


Parfois, devant les veilles funèbres sur la tombe du journalisme chaque fois qu’une publication ferme ses portes, il m’arrive de me dire qu’on s’est mépris, quelque part au cours du dernier siècle et demi. On en est venu à confondre le journalisme et le journal papier.

Bien sûr, cette confusion est compréhensible dans la mesure où c’est ce format qui a donné naissance à l’épopée journalistique et que, depuis le début, il en a été la figure de proue, la manifestation à la fois la plus prestigieuse et la plus dynamique.

Mais l’erreur, en ce début de XXIe siècle, est de continuer à penser que journalisme = journaux (comme l’a fait récemment le chroniqueur de La Presse Hugo Dumas, par exemple, en présentant les problèmes actuels des journaux comme le signe annonciateur d’une société sans journalistes, dans un texte qui n’en était pas à une énormité près). Non, la fermeture évoquée du San Francisco Chronicle ou même du New York Times ne préfigure pas le début d’un temps nouveau dans lequel il faudra se passer de cette chose plutôt commode et socialement utile qu’est le journalisme. Ce qui est mort, ou sur le point de l’être, c’est avant tout un modèle d’affaires : celui qui fait reposer l’essentiel des revenus d’une entreprise médiatique sur ses ventes publicitaires. Celui qui fait, par exemple, que l’on peut recevoir quotidiennement La Presse à la maison pour moins de dix dollars par mois, et qu’à toute fin utile La Presse vous donne donc son contenu en échange d’une exposition aux publicités de ses clients.

Et sur Internet, bien sûr, c’est encore pire: on n’y exige même pas ces quelques dollars mensuels. Sans vouloir m’acharner sur La Presse, le quotidien a même décidé de pousser l’absurdité encore plus loin, en y offrant plusieurs textes la veille de leur parution papier! Quand on trouve gratuitement sur Internet les mêmes textes, et en primeur en plus, on se demande vraiment pourquoi les gens continueraient d’acheter leur journal.

Le problème, en ce moment, c’est que nous sommes au beau milieu de la révolution amorcée avec le développement d’Internet durant les années 90. Nous sommes dans l’entre-deux, dans une période d’essais/erreurs, de tentatives plus ou moins concluantes. Tout cela n’est déjà pas très joli, et s’annonce encore moins joli pour les années à venir : beaucoup d’autres quotidiens mourront, ainsi que des hebdomadaires et des magazines et des stations de télévision et de radio. Plein de gens talentueux perdront leur emploi et seront obligés de quitter à regret ce métier qu’ils aimaient tant. Comme l’écrivait récemment le penseur d’Internet Clay Shirky, « c’est à cela que ressemblent les vraies révolutions. Les vieilles structures sont brisées plus rapidement que les nouvelles sont mises en place. »

Mais, malgré la mort de ses institutions souvent centenaires, le journalisme survivra. Parce que notre désir d’informer et d’être informé restera, tout comme notre besoin collectif pour des chiens de garde capables de surveiller ceux qui nous dirigent, encaissent nos impôts, négocient l’achat de nos compteurs d’eau. Et parce que le journalisme n’est pas un format médiatique, mais un processus.

Au cours des prochaines années, le journalisme traversera une période trouble. Beaucoup de modèles seront essayés, cohabiteront, se feront une concurrence plus ou moins harmonieuse. Plusieurs se solderont par un échec. Mais certains, si tout va bien, produiront du journalisme d’une qualité telle que nous ne souhaiterons plus jamais revenir en arrière.

Dans le cadre de cette chronique, je m’attarderai à quelques-unes de ces expériences, dans l’espoir d’identifier lesquelles sont susceptibles de nous donner, au cours des décennies à venir, le journalisme dont nous avons besoin.

Chronique magazines chez Christiane Charette

MagazinesDernière chronique magazines de la saison chez Christiane Charette, ce matin. Au menu:

1. Magazine de la semaine: La Presse Affaires Magazine.  
Premier numéro de ce nouveau magazine inséré dans La Presse
 
2. Télérama, édition du 23 au 29 mai 2009: Pourquoi les séries télé américaines inspirent les écrivains français. 
 
3. Time Magazine: un portrait de Michelle Obama. 
 
4. New York Magazine, édition du 25 mai 2009: un portrait de la controversée responsable du transport à New York, qui s’apprête entre autres à fermer une bonne partie de Broadway à la circulation. 
 
5. Cerveau & Psycho: un dossier sur le sens du temps. 
 
6. Paris Match: interview d’Isabelle Adjani.

Ça s'écoute ici.

À propos de la fermeture du Ici

090501_ici C'est pour le Ici que j'ai écrit mon premier texte rémunéré, en 1998, et j'y ai travaillé jusqu'en 2003.

Pour la plupart d'entre nous qui y avons travaillé très fort pour en faire le meilleur hebdo à Montréal, il y a un petit deuil à traverser, suite à l'annonce de sa mort subite, cette semaine. Et ce même si le Ici n'était plus l'ombre de lui-même depuis longtemps.

Une révolution vue de l'intérieur

«That is what real revolutions are like. The old stuff gets broken faster than the new stuff is put in its place. The importance of any given experiment isn’t apparent at the moment it appears; big changes stall, small changes spread. Even the revolutionaries can’t predict what will happen. Agreements on all sides that core institutions must be protected are rendered meaningless by the very people doing the agreeing. (Luther and the Church both insisted, for years, that whatever else happened, no one was talking about a schism.) Ancient social bargains, once disrupted, can neither be mended nor quickly replaced, since any such bargain takes decades to solidify.

And so it is today. When someone demands to know how we are going to replace newspapers, they are really demanding to be told that we are not living through a revolution. They are demanding to be told that old systems won’t break before new systems are in place. They are demanding to be told that ancient social bargains aren’t in peril, that core institutions will be spared, that new methods of spreading information will improve previous practice rather than upending it. They are demanding to be lied to. 

There are fewer and fewer people who can convincingly tell such a lie.»

Newspapers and Thinking the Unthinkable | Clay Shirky.

Le micro-paiement, solution pour la presse?

0902161 Lors de mon récent passage à l'émission de Christiane Charette pour discuter du conflit au Journal de Montréal et de l'avenir de la presse, j'ai émis l'opinion que les journaux et magazines étaient en bonne partie responsables de leurs malheurs actuels: ils donnent leur contenu gratuitement (ou quasi-gratuitement dans le cas des abonnements, offerts à des prix ridicules), et dépendent donc entièrement de la publicité. Cela les rend vulnérables à une baisse des dépenses publicitaires comme celle que nous connaissons en ce moment. C'est un modèle d'affaires désuet et impraticable.

Dans la nouvelle édition du magazine Time, un texte de Walter Issacson va dans le même sens.

There is, however, a striking and somewhat odd fact about this crisis. Newspapers have more readers than ever. Their content, as well as that of newsmagazines and other producers of traditional journalism, is more popular than ever — even (in fact, especially) among young people.  

The problem is that fewer of these consumers are paying. Instead, news organizations are merrily giving away their news. According to a Pew Research Center study, a tipping point occurred last year: more people in the U.S. got their news online for free than paid for it by buying newspapers and magazines. Who can blame them? Even an old print junkie like me has quit subscribing to the New York Times, because if it doesn't see fit to charge for its content, I'd feel like a fool paying for it.  

This is not a business model that makes sense. Perhaps it appeared to when Web advertising was booming and every half-sentient publisher could pretend to be among the clan who "got it" by chanting the mantra that the ad-supported Web was "the future." But when Web advertising declined in the fourth quarter of 2008, free felt like the future of journalism only in the sense that a steep cliff is the future for a herd of lemmings.

La solution que propose Isaacson (un ancien dirigeant de Time), pour assurer des revenus décents aux journaux et magazines, de même qu'aux journalistes citoyens et blogueurs? Le micro-paiement.

The system could be used for all forms of media: magazines and blogs, games and apps, TV newscasts and amateur videos, porn pictures and policy monographs, the reports of citizen journalists, recipes of great cooks and songs of garage bands. This would not only offer a lifeline to traditional media outlets but also nourish citizen journalists and bloggers. They have vastly enriched our realms of information and ideas, but most can't make much money at it. As a result, they tend to do it for the ego kick or as a civic contribution. A micropayment system would allow regular folks, the types who have to worry about feeding their families, to supplement their income by doing citizen journalism that is of value to their community.

Selon lui, de la même façon que le micro-paiement via iTunes a permis de sauver l'industrie de la musique, un système équivalent dans le monde des médias imprimés pourrait permettre à cette industrie de continuer à jouer son rôle essentiel.

Le conflit au Journal de Montréal, et l'avenir de la presse

73759 J'étais à Christiane Charette ce matin pour discuter du conflit au JdeM, et les enjeux plus larges qu'il soulève, en compagnie de Paul Cauchon, Steve Proulx, Phillipe Marcoux et Marco Fortier, du Journal.

Ça s'écoute ici (37:37).

Ça y est

Pour la première fois, les Américains ont plus recours à Internet qu'aux journaux, pour les nouvelles nationales et internationales. C'est le respecté Pew Research Center for the People & the Press qui le dit dans son plus récent sondage annuel

Summary of Findings: Internet Overtakes Newspapers As News Outlet.


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Et ce n'est qu'une question de temps avant que la ligne rouge rejoingne la bleu foncé...

Une année dans la vie de Montréal

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Dans le cahier Actuel de La Presse d'aujourd'hui, il y a ma revue de cette année folle qu'aura été 2008. Merci à celles et ceux d'entre vous qui m'avez donné des cues.

Sur une note plus émotivo-personnelle: on me dit que mon texte est le dernier «dossier» du cahier Actuel. Situation économique oblige, c'est apparemment la fin pour ce cahier qui a fait bien des choses intéressantes, au cours de ses 7 années d'existence.

Actuel_01a J'en parlais avec un autre ancien collaborateur du cahier, cette semaine, et on se disait que ça avait été une belle aventure médiatique, ce cahier qui a tenté une approche différente, un ton, des sujets que la presse quotidienne d'ici n'abordait pas à l'époque. J'y ai écrit toutes sortes d'affaires qui n'auraient jamais été publiées dans un journal grand public, autrement. Mais bon, depuis un bout de temps, ce n'était plus la même chose, la direction du journal avait changé ses priorités. Et depuis la rentrée, le cahier avait été réduit à sa plus simple expression, d'où mon absence après presque 6 ans de collaboration régulière. Très dommage, tout ça.

Merci pour la confiance et la liberté à Marie-Claude Lortie et Jean-Christophe Laurence, qui m'y avaient fait entrer (le premier courriel de Jean-Christophe: «Tant qu'à écrire des niaiseries pour P45, pourquoi t'en écris pas pour nous?»), et à Marie-Claude Girard qui a pris la relève par la suite.

Malcolm Gladwell

081204_gladwell J'étais à Vous êtes ici, hier soir, pour parler du phénomène Malcolm Gladwell, et de sa conférence de mercredi à Montréal. Ça s'écoute ici.

Dès mercredi: 6 à 8 du journalisme

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QUELQUES TEXTES, CHRONIQUES ET CHOSES DIVERSES

  • Un aperçu de mes contributions récentes à des journaux, magazines, sites web, émissions radiophoniques et autres.

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