Si vous aviez payé 300$ pour un grille-pain, disons, et qu’au bout d’un an votre grille-pain se brisait et n’était pas réparable, ou qu’il en coûtait un autre 300$ pour le remettre en état de marche, vous seriez en beau maudit. Vous écririez au fabricant, vous vous plaindriez à l’Office de la protection du consommateur, vous demanderiez à l’équipe de La Facture de venir tourner votre rage et votre désespoir. Bref, vous n’accepteriez pas les bras croisés de vous être fait vendre un produit aussi médiocre que trop cher.
Pourquoi, alors, sommes-nous si conciliants quand la même chose se produit avec notre iPod, ou notre téléphone cellulaire, ou notre ordinateur de poche? Parce que ce sont des articles électroniques? Parce que de toute façon nous avions envie d’acheter le modèle plus récent? Parce que «c’est comme ça, c’est tout»? Il est difficile de comprendre la docilité avec laquelle nous acceptons les odieux stratagèmes des manufacturiers.
Parce que tout ça est prévu, bien sûr : les fabricants inscrivent sciemment une durée de vie limitée à leurs produits, afin que nous soyons obligés d’en acheter un nouveau au bout d’un an, ou deux, ou trois. On s’appelle ça l’obsolescence programmée, et nous sommes bien conscients qu’on se moque de nous.
Mais, malgré notre colère, malgré le gaspillage d’argent, malgré l’environnement, nous allons en acheter un autre. Parce que nous avons besoin d’un téléphone – ou croyons en avoir besoin, ce qui revient au même – et parce que la vie sans iPod, ça semble subitement un peu plus triste. Et puis, qu’est-ce qu’on peut bien faire d’autre: en fabriquer un nous même? Revenir à notre baladeur à cassettes et nos films 24 poses? Déclencher une révolution juridico-commerciale? Continuer tranquillement à se faire avoir est toujours la solution la moins fatigante.
Nicolas Langelier
Paru dans La Presse, vendredi 25 janvier 2008