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L'incompétence crasse de Sympatico m'obligeant, pour la prochaine SEMAINE, à utiliser une connection Internet basse vitesse (c'est le genre de problème qui vient avec le fait d'habiter un endroit sauvage et reculé comme le Mile-End), ça me donne au moins le temps de réfléchir. Que faisions-nous, avant, pendant ces interminables secondes/minutes pendant lesquelles les pages se chargent, les photos apparaissent, les vidéos se téléchargent? Entretenions-nous une sorte de dialogue intérieur? Gardions-nous un magazine à côté de nous, une bible, un exemplaire du Capital? Je ne me souviens pas d'avoir eu cette patience. Ce doit être pour ça que je fumais.
Cela dit, pour revenir à Sympatico, quelle entreprise indigne d'un pays développé, en 2007... D'ailleurs, je pense que même les Afghans auraient raison de se plaindre de ce qui doit être le pire service à la clientèle depuis le salon de coiffure de Robespierre. Comme Bell en général, bien sûr. Invraisemblable. Teachers est-il vraiment conscient qu'il vient d'acheter l'équivalent corporatif d'un bungalow sur la pyrite?
C’est comme ça que vous savez que vous vieillissez, n’est-ce pas? Quand les poils se multiplient, atteignent des régions jusque-là glabres, colonisent de nouveaux territoires tels des curé Labelle pileux. Traditionnellement, la Mort a été représentée tenant une faux – mais le portrait ne serait-il pas beaucoup plus véridique si, entre ses doigts décharnés, elle tenait plutôt un épilateur de marque Phillips?
Et ça commence très tôt. Dès la puberté, la vie est grosso modo un long combat contre les poils. Mais c’est un combat perdu d’avance, bien sûr, et qui s’aggrave au fil des ans. L’image qui me vient à l’esprit est celle de cette femme désespérée, dans le roman de Marguerite Duras, qui cherche à protéger ses terres contre les attaques inexorables de l’océan Pacifique. Vous pouvez avoir recours à toutes sortes de stratagèmes et de techniques, y mettre tous les efforts du monde – tout ce que vous pouvez faire, c’est gagner du temps.
Cela dit, l’abdication n’est pas non plus une solution. Malgré tout le beau discours pyscho-pop sur l’acceptation de soi qui grandit apparemment en vieillissant, personne n’accepte vraiment les gens hirsutes. Socialement, le poilu est mal perçu, et rien ne laisse croire que cette attitude soit sur le point d’être remplacée par une plus grande tolérance pilaire.
Face aux poils, vous êtes donc un peu comme ces occupants juifs de la forteresse de Massada, assiégée par les Romains en 73 – condamnés à lutter, mais condamnés à perdre. Bon, ceux-ci ont fini par se suicider, alors ce n’est pas vraiment un super exemple, mais vous voyez où je veux en venir: vous êtes foutu. Bonne journée!
Nicolas Langelier
Paru dans La Presse, vendredi 26 octobre 2007
Un très beau petit film de Michael Wesch, de l'université Kansas State, à propos de la manière dont Internet bouleverse notre rapport à l'information, et la manière dont nous devons l'organiser.
C'est ce même Wesch qui nous avait donné Web 2.0: The Machine is Us/ing Us, l'hiver dernier.
Pauvres enfants du 21e siècle. Déjà que nous leur laissons en héritage une planète dévastée, qu’il y a autant de produits toxiques dans leurs organes que dans ceux d’un béluga du Saint-Laurent, qu’ils sont la première génération de l’Histoire qui risque de vivre moins longtemps que la précédente, qu’ils sont un peu trop dodus… Comme si tout ça n’était pas assez, il faut en plus que nous les affublions des prénoms les plus laids de tous les temps.
Regardez autour de vous, lisez les journaux, allez faire un tour sur le site de la Régie des rentes du Québec: vous y verrez des horreurs. Des Charlolivier, Virginye, Gérémie, Xanelle, Sharilyn, William-Loup, Elektra, Klarianne, Shanessa, Zack-Antoine, Carosalie, Anasoleil, Brithany-Océane, Ocey-Ann, Fred-Erick, Ary-Anne, Kevyn, Keven, Kevan, Kevins, Kevins-Kyle. Et je jure qu’il y a au moins un Kovalev et une Précieuse, forcés chaque jour d’affronter le monde avec un prénom qui semblerait ridicule même pour un animal de compagnie.
Pauvres enfants du 21e siècle, donc… Handicapés pour toujours par des parents terriblement malavisés qui voient dans la dénomination de leur bébé une occasion unique de prouver combien ils sont des gens créatifs et originaux, des individus pas comme les autres, des libres penseurs. C’est donc là où nous en sommes rendus, collectivement: notre recherche constante et absolue de l’individualité nous pousse dorénavant à marquer pour la vie des enfants qui n’avaient pourtant rien demandé, et se seraient sans problème contentés de s’appeler Catherine ou Simon.
Parents: prenez des cours de peinture ou de vitrail, faites de l’origami ou du petit point, teignez-vous les cheveux en vert ou laissez-vous poussez les ongles jusqu’au sol si vous voulez, bref trouvez n’importe quel autre moyen de démontrer combien vous êtes quelqu’un de spécial. Mais de grâce, laissez les enfants tranquilles!
Nicolas Langelier
Paru dans La Presse, vendredi 19 octobre 2007
Je vous parlais l'autre jour de cette troupe de théâtre, les Productions de la Pastèque Carrée, qui a repris un jeu inventé par P45 il y a quelques années, dans un moment de génie et/ou d'ébriété.
Eh bien la toute première séance publique de Poètes 73 aura lieu mardi prochain, en plein Mile-End, d'où le jeu partira ensuite sans aucun doute à la conquête du monde. Voici l'invitation.
Les Productions de la Pastèque Carrée
présentent
Poètes 73
Du slam en chemise à carreaux
Poètes 73 est une soirée de poésie improvisée inspirée d'un jeu créé par le magazine P45.
Le jeu consiste à écrire un poème sur un thème donné pour ensuite venir le déclamer sur scène à la manière des poètes des années 70; avec grande intensité et lyrisme exacerbé.
Cette soirée-évènement aura lieu ce mardi le 23 octobre dès 20h au Bistro le Parc des Princes (5293 Ave du parc, entre Fairmount et St-Viateur)
Prix d'entrée : 2$
Animation : Charles
Musique : Gus Tremblay
Poètes : Public volontaire (prix remis au meilleur poète)
Venez jouer au poète ou simplement assister au spectacle!
Les règles du jeu et conseils divers sont ici.
Si vous n'avez pas été faire un tour sur P45 depuis la rentrée, vous avez manqué le nouvel élan du magazine et le paquet de nouveautés qui y ont été déployées. Dans ton salon, par exemple, une production vidéo réalisée par Véro B. et animée par Marie-Claude Beaucage, qui vont à chaque épisode rencontrer un musicien local. Où le rencontrent-elles, demandez-vous? Dans sa cuisine? Dans sa shed? Dans son centre de gestion sélective des déchets? Noooon, dans son SALON. Allez y jeter un coup d'oeil, ça vaut la peine.
Sinon, il y a aussi des nouveautés qui sont en fait le retour de rubriques datant de la glorieuse période papier du magazine: Approuvé/Réprouvé, par exemple, ou les Nouvelles un peu vraies, désormais reprises par Maxime Johnson.
Et plein d'autres choses. Explorez tout ça, donc. Sans manquer bien sûr les jeunes classiques que sont les autres rubriques du magazine, comme la baladodiffusion et la chronique de Mathieu Meunier.
P45: Plus vibrant que ça, tu parles comme Marie Laberge.™
Avez-vous une vieille tante, un parent, un professeur qui, à tout moment, en guise de réponse ou de conseil, vous sort un proverbe du genre «Qui a bu boira»? Si oui, chérissez cette personne, plutôt que de lever les yeux au ciel à chaque fois. Parce qu’elle est un témoin du passé, une relique d’une époque qui sera bientôt révolue, comme un site archéologique ou un moulin seigneurial. Dans 15 ou 20 ans, plus personne ne saura comment on devient forgeron (en forgeant), ou combien d’hommes vaut un homme averti (deux).
Pendant des millénaires, et jusqu’à tout récemment, c’est beaucoup à travers les proverbes que les sociétés transmettaient leur savoir, leur culture, leurs codes moraux. Faciles à retenir et à énoncer, passées de génération en génération, ces petites perles de sagesse constituaient une bonne partie de l’éducation populaire, avec la religion et les contes. Mais cette ère tire à sa fin.
À cause de la télévision, bien sûr, et d’Internet, et de la pédagogie contemporaine. À cause de la modernité en général, en fait, qui a instillé en nous l’impression que tout avait changé, et que tout continuerait à changer de plus en plus vite, et que le bon sens ancestral n’était donc plus pertinent à notre quotidien. Et c’est vrai qu’il y a quelque chose d’éminemment non moderne dans les proverbes, quelque chose qui fait que vous vous sentiriez un peu ridicule, lors d’un 5 à 7 dans un bar du Mile End, de lancer «Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée».
Cela dit, que penser d’un monde où la sagesse immémoriale des proverbes est peu à peu remplacée par celle des chroniqueurs médiatiques et des émissions de téléréalité? Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse, comme on dit…
Nicolas Langelier
Paru dans La Presse, vendredi 12 octobre 2007
Je suis extrêmement touché que Sophie Durocher et Richard Martineau aient décidé de nommer leur enfant en mon honneur. Flatté, vraiment.