Était-ce parce que l'actualité reliée au hockey était tranquille ce soir-là, ou que la proximité de la triste salle des nouvelles de TQS avait touché les commentateurs invités? Quoi qu'il en soit, de façon plutôt inattendue, les participants à un récent débat de l'émission 110% ont temporairement délaissé les enjeux liés à l'achat du Canadien ou à la carrière de Patrick Roy pour aborder cet enjeu presque aussi important qu'est l'avenir de l'information.
Évoquant la disparition possible de La Presse ou du Journal de Montréal, le chroniqueur Réjean Tremblay a posé la question qui tourmente bien des gens, par les temps qui courent : qui mènera alors les enquêtes journalistiques, dans ce monde potentiellement dépourvu de quotidiens imprimés? «Certainement pas les blogueux», a-t-il tout de suite répondu à sa propre question.
Tout était là, dans ce question/réponse: les craintes légitimes par rapport à une telle disparition, mais aussi cette pointe de ce mépris (notez le suffixe -eux), cette attitude «Après moi le déluge» fort répandue dans le milieu du journalisme devant un avenir où les non professionnels prendraient beaucoup plus de place dans la chaîne informationnelle.
Le soir de la diffusion de cet épisode de 110%, je réfléchissais justement au sujet de cette chronique, la deuxième d'une série qui s'attardera aux différents modèles journalistiques qui risquent de remplacer et/ou compléter celui qu'on a toujours connu. Et le commentaire de l'auguste chroniqueur de La Presse m'a fait réaliser qu'avant toute chose, avant que collectivement nous puissions aller plus loin dans cette réflexion et ces expérimentations, un important changement de mentalité devra s'opérer en nous, professionnels du journalisme.
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On ne sait pas exactement de quoi sera fait le monde de l'information, au cours des années à venir. Selon toute vraisemblance, ce sera un enchevêtrement de différents modèles de production journalistique, de financement, de diffusion. Mais une chose semble déjà certaine: les non professionnels joueront un rôle fondamental dans beaucoup de ces modèles. D'une part par nécessité financière: les entreprises de presse n'auront pas les moyens de se payer des correspondants partout, que ce soit au coin de la rue ou dans des contrées étrangères. Mais d'abord et avant tout parce que les citoyens ont maintenant la possibilité, le goût et le besoin de participer à la production d'information portant sur leur monde. Et ce phénomène ne va que s'accentuer, au cours des années à venir.
Dans les écoles de gestion et les livres de croissance personnelle, on appelle ça un «changement de paradigme». Pour les journalistes professionnels, ce changement devra passer par une acceptation: que l'espèce de chasse gardée qu'ils détenaient sur l'information publique depuis 150 ans ne tiendra pas, au 21e siècle. Le concept même de journaliste professionnel, d'ailleurs, est appelé à se transformer, et aucun code déontologique ou ordre professionnel au monde n'y pourra quoi que ce soit. C'est comme ça, et s'entêter à vouloir garder les «barbares» hors des murs de l'Information serait aussi vain que contre-productif. De l'ouverture aux sources non traditionnelles de journalisme dépendra la survie et le succès de bien des «entreprises de presse» (un autre concept dont la définition va changer, bien sûr).
Nos futurs collègues ne se promèneront pas tous avec une carte de la FPJQ. Beaucoup n'auront jamais étudié en journalisme. Certains, même, seront des blogueux. Mais plutôt que se borner à y voir une menace (que ce soit pour nos emplois ou pour la qualité de l'information), il faudra trouver des façons de harnacher ce formidable bassin d'information(s) et de cerveaux afin de produire un journalisme plus riche, plus diversifié et plus démocratique.
Je pense qu'il y a là de quoi être optimiste.
2e chronique de ma série Siècle no 21, parue dans le magazine Le Trente, juillet-août 2009.
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Il y a souvent quelque chose de presque mystique, dans le fait d'être tombé sur un livre précis à un moment précis de notre vie.
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