C’est comme ça que vous savez que vous vieillissez, n’est-ce pas? Quand les poils se multiplient, atteignent des régions jusque-là glabres, colonisent de nouveaux territoires tels des curé Labelle pileux. Traditionnellement, la Mort a été représentée tenant une faux – mais le portrait ne serait-il pas beaucoup plus véridique si, entre ses doigts décharnés, elle tenait plutôt un épilateur de marque Phillips?
Et ça commence très tôt. Dès la puberté, la vie est grosso modo un long combat contre les poils. Mais c’est un combat perdu d’avance, bien sûr, et qui s’aggrave au fil des ans. L’image qui me vient à l’esprit est celle de cette femme désespérée, dans le roman de Marguerite Duras, qui cherche à protéger ses terres contre les attaques inexorables de l’océan Pacifique. Vous pouvez avoir recours à toutes sortes de stratagèmes et de techniques, y mettre tous les efforts du monde – tout ce que vous pouvez faire, c’est gagner du temps.
Cela dit, l’abdication n’est pas non plus une solution. Malgré tout le beau discours pyscho-pop sur l’acceptation de soi qui grandit apparemment en vieillissant, personne n’accepte vraiment les gens hirsutes. Socialement, le poilu est mal perçu, et rien ne laisse croire que cette attitude soit sur le point d’être remplacée par une plus grande tolérance pilaire.
Face aux poils, vous êtes donc un peu comme ces occupants juifs de la forteresse de Massada, assiégée par les Romains en 73 – condamnés à lutter, mais condamnés à perdre. Bon, ceux-ci ont fini par se suicider, alors ce n’est pas vraiment un super exemple, mais vous voyez où je veux en venir: vous êtes foutu. Bonne journée!
Nicolas Langelier
Paru dans La Presse, vendredi 26 octobre 2007






Tout à fait d'accord avec toi. D'ailleurs, je pense que la pilosité répond à la loi de conservation de Lavoisier apprise en chimie au secondaire ("Rien ne se perd, rien ne se crée"). On dirait que les poils ne tombent pas de ma tête mais se déplacent plutôt dans mos dos. Inquiétant...
Rédigé par : Vincent | 26 octobre 2007 à 12:28
La solution est simple: se battre AVEC les poils au lieu de se battre contre eux. Ma meilleure arme? Une repousse de plusieurs jours qui me donne un air convaincant.
Rédigé par : Olivier Morneau | 26 octobre 2007 à 13:12
Ça fait du bien de partager son désarroi devant ce combat perdu d'avance. Mes poils à moi migrent de mon coco (lire: début de calvitie) à mon dos et se faufilent à l'intérieur des mes cavités nasales et de mes oreilles. Déprimant...
Rédigé par : Simon Cadieux | 26 octobre 2007 à 15:59
Et la barbe elle? La barbe ne fait-elle pas un retour ces temps-ci? C'est une bataille de gagnée, non? Le droit à la barbe de trois, voire sept jours et sa reconnaissance sociale, en plus de son attrait indiscutable selon les filles de bon goût, c'est un peu pour les hommes ce qu'est le droit de vote ou l'abandon du corset pour les femmes. Mettons. Moi, en tout cas, je dis Vive les poils!
Ahem.
Rédigé par : Malice | 26 octobre 2007 à 16:28
Nicolas, il n'y a que toi pour associer "Un barrage contre le pacifique" et toute la souffrance durassienne à l'incessant combat contre la pilosité.
Rédigé par : Nadia | 27 octobre 2007 à 11:42